Mettre en place des outils pour mesurer les impacts de projets de reboisement tropicaux : tel est l’objectif passionnant de ma mission de volontariat de solidarité internationale pour all4trees ! Cette mission m’amène à travailler auprès de quatre porteurs de projet différents, dans pas moins de quatre pays et sur des aspects aussi variés que la biodiversité, la structure du sol, les ressources alimentaires et énergétiques, l’économie et la gouvernance. La fin d’année a été particulièrement productive avec un inventaire ambitieux dans la forêt Hlanzoun au Bénin.
Et de 3 !
C’est parti pour le troisième et dernier inventaire forestier de l’année ! Cette fois-ci, c’est au tour de la forêt Hlanzoun, au Bénin, d’être équipée d’un dispositif de placettes permanentes. A cette occasion, nous pouvons compter sur une équipe motivée composée de plusieurs universitaires béninois, de Chérif et Saturnin d’Ecodec Bénin, et de Sunday, notre guide local. Ancien chasseur reconverti à la cause environnementale, ce dernier connaît la forêt comme sa poche et nous fournit un appui précieux, qu’il s’agisse d’ouvrir la voie à coup de machette, de déjouer les pièges sur la route, de naviguer dans le labyrinthe marécageux, ou encore d’identifier le nom vernaculaire des essences rencontrées.

bottes et waders indispensables
Bien que l’équipe soit rodée, la forêt Hlanzoun nous met à l’épreuve dès le départ. Zone marécageuse oblige, l’eau est omniprésente dans la forêt, nous amenant à passer de longues heures dans l’eau ou à avancer en équilibre précaire sur des troncs et branches de raphia. Dans ces circonstances, c’est à qui sera le prochain à prendre un bain ou à se séparer de son téléphone ! Un pas de côté peut faire la différence entre rester au sec ou boire la tasse.
Les sangsues, grands absentes de la mission jusqu’à présent, profitent aussi de cet inventaire pour faire leur entrée en scène. Et si ce ne sont pas l’eau et ses habitants, ce sont les fougères coupantes qui sont là pour assurer la relève et nous prévoir un accueil tout en douceur. Autant dire qu’on se méfie des images satellites et des distances « à vol d’oiseau », souvent trompeuses !

3-2 en faveur de la forêt
Les premiers jours de mission, la forêt enchaîne les victoires, nous obligeant parfois à rentrer bredouilles sans même parvenir à atteindre l’emplacement de la placette visée, avant qu’on ne parvienne finalement à prendre le dessus et à mener à bien notre programme. Heureusement pour nous, le chemin de retour est souvent plus facile, une fois le chemin d’accès repéré et la voie dégagée. Ainsi, ce qui peut prendre plusieurs heures et beaucoup de sueur à l’aller, peut se convertir en une balade de santé d’une demi-heure au retour !

Si la forêt est difficile d’accès, cela ne signifie pas qu’elle est vierge de toute présence humaine. En effet, aussi profond qu’on puisse pénétrer dans la forêt, on observe des traces de présence humaine : pêche, extraction de raphia, et – particularité de Hlanzoun – présence de nombreux « bars », des petits îlots au milieu de la forêt ou on peut trouver du sodabi, une eau-de-vie obtenue par distillation du vin de palme. Dans ce contexte, on comprend pourquoi la forêt se défend si âprement contre toute excursion sur son territoire. Pour elle, difficile de faire la distinction entre braconniers, charbonniers et nous, forestiers soucieux de son état de santé ; dans le doute, il vaut mieux s’armer contre tout envahisseur !
Mieux vaut en rire
Bien évidemment, les défis ne s’arrêtent pas avec les déplacements ; c’est là que commence le véritable travail ! En effet, une fois nos affaires déposées sur un petit îlot qui fera office de centre de la placette, c’est l’heure de mettre les protocoles à l’épreuve du terrain. Les arbres ne nous facilitent pas la tâche, qu’il s’agisse des fromagers pouvant présenter des contreforts jusqu’à 5 mètres de hauteur (pas évident quand il s’agit de mesurer le diamètre) ou des ficus dont les racines et troncs partent dans tous les sens (y compris à l’horizontale, mettant à rude épreuve le concept de hauteur).

Je ne pense donc pas exagérer si je dis qu’à all4trees, on ne se contente de rien moins que les terrains les plus exigeants pour tester les outils ! Petite anecdote : en fin de mission, j’ai l’habitude de demander aux prestataires chevronnés avec qui nous collaborons quel est l’environnement le plus difficile dans lequel ils ont l’occasion de travailler. Généralement, ils sont unanimes : c’est la forêt où on se trouve – ce qui ne nous empêche pas d’aborder chaque mission avec bonne humeur et humour. Malgré – ou du fait de – la fatigue et les épreuves, on se motive les uns les autres et on rit beaucoup. Sans cette capacité à relativiser, on ne ferait pas long feu !
Les inventaires, ce sont aussi ces petits moments de repos lorsqu’il s’agit de glisser en pirogue à travers les dédales marécageux (attention cependant à ne pas s’endormir, au risque de se faire décapiter par un tronc d’arbre !), ou encore ces moments d’émerveillement quand on devine la présence d’un guib d’eau ou d’un singe à ventre à roux – des moments uniques que je serais ravie de revivre à mon retour au Bénin dans 6 mois !
