La turbine électrique
Née au siècle dernier à Sucy-en-Brie — une ville où elle n’a jamais mis les pieds, donc on s’en fout un peu — Delphine Zigoni déçoit ses parents en choisissant les arts décos (Ensad) plutôt qu’une math sup à Janson de Sailly.
Depuis son entrée au Muséum national en 2006, elle fréquente les scientifiques et pratique le dessin naturaliste ainsi que la peinture sur le motif. Une activité qui pourrait la faire passer pour une rescapée du XIXe siècle. Pas de chance quand on connait la condition des femmes à cette époque !
Convaincue qu’un dessin techniquement maîtrisé et accessible peut toucher aussi bien les esthètes que celles et ceux qui n’ont pas les codes de l’art contemporain, elle assume joyeusement son côté « ringard ». Ses œuvres explorent les coulisses de la recherche — réserves, laboratoires, ateliers, expéditions et personnes qui les font vivre — tout en interrogeant l’objectivité de la science, son héritage occidental et colonial, les points de vue situés et l’appropriation culturelle.
Elle collabore notamment avec le Muséum national d’Histoire naturelle, le CNRS, le Parc amazonien de Guyane, le Mucem, l’Institut du Monde arabe, le ministère de la Culture, ainsi qu’avec la L214, la LPO, le WWF et White Rabbit.
La turbine électrique fait partie de la série « Le paradoxe de la forêt vierge », réalisée au milieu de la forêt amazonienne, lors d’une résidence d’artistes à la station scientifique des Nouragues. Elle a pour vocation d’interroger les projections fantasmées des Occidentaux ce sur ce qu’ils appellent la « forêt vierge ».