Allons droit au but : oui. Mais pas en continuant à produire comme on le fait aujourd’hui.
La déforestation tropicale est principalement liée à l’expansion agricole. Soja, huile de palme, cacao, café, élevage bovin… Autrement dit : une partie de ce qu’il y a dans nos assiettes, nos goûters et notre café du matin. La question n’est pas seulement de savoir comment consommer pour protéger les forêts, mais aussi de comment produire sans les détruire massivement.
Produire sans détruire : un faux dilemme ?
On entend régulièrement : « La population mondiale augmente, il donc faut augmenter les quantités et les rendements pour pouvoir nourrir tout le monde ». Mais faut-il pour autant choisir entre agriculture et biodiversité, comme si c’était un duel ?
Le modèle agricole dominant, intensif, s’appuie sur une utilisation massive des intrants chimiques pour accroître les rendements. Or, les effets dévastateurs des pesticides sur la biodiversité – et la santé humaine – sont aujourd’hui démontrés par la science. Et si le problème n’était pas la quantité produite, mais la manière dont on produit ? C’est là qu’entre en scène l’agroécologie, ou l’art de produire avec la nature (au lieu de la dominer). Et non, ce n’est pas un retour à la bougie ou au modèle Amish, mais une approche scientifique qui s’appuie sur les équilibres naturels : rotation des cultures, fertilisation organique (compost…), diversification et association des semences etc.
Parmi ces nombreuses pratiques, on retrouve l’agroforesterie. Le principe est assez simple : on remet des arbres dans les systèmes agricoles, dans ou autour des parcelles. Pas pour faire joli, mais parce que les arbres fixent les sols (donc limitent l’érosion), stockent du carbone, régulent l’humidité et sont un habitat pour la biodiversité. Résultat : des sols vivants, moins d’érosion et plus de résilience face au changement climatique.
Mais changer les pratiques agricoles ne sera pas possible si le système économique pousse à produire toujours plus, plus vite et moins cher.
Nourrir le monde autrement
Aujourd’hui, une grande partie des terres agricoles sert à produire des matières premières destinées à l’exportation ou à nourrir des animaux d’élevage. Ainsi, le soja (qu’on imagine souvent sous forme de tofu bio) est surtout destiné à l’alimentation animale, pour fabriquer une viande peu chère qui finit dans nos assiettes.
Alors, produisons-nous pour nourrir le monde ou pour maintenir en place un modèle économique précis ? Nourrir le monde autrement implique :
- De réfléchir à nos régimes alimentaires
- De mieux répartir la valeur le long des chaînes d’approvisionnement
- D’accepter que la durabilité ait un coût
- Un réel engagement politique, d’ampleur et de long-terme, pour soutenir un autre modèle agricole
La déforestation n’est pas un problème individuel avec une solution individuelle. Oui, nos choix de consommation comptent mais non, ils ne suffiront jamais à eux seuls. Certes, chacun.e d’entre nous peut s’informer, réduire le gaspillage, soutenir des filières responsables… Mais le poids de la responsabilité ne peut pas peser de la même façon sur tous les citoyens.
Les entreprises ont un rôle à jour, afin de transformer leurs chaînes d’approvisionnement et accompagner les producteurs vers des modèles plus durables, en appui avec des ONG, comme Max Havelaar, si besoin. Mais entreprises et associations auront besoin du politique pour changer les règles du « jeu » : réglementation, fiscalité contraignante ou au contraire incitative, politiques agricoles… En bref, poser un cadre structurant et y associer des moyens adéquats.
La déforestation pose, en partie, une question plus large : quel modèle agricole voulons-nous pour demain ? Un modèle extractif, qui épuise les sols et a démontré ses limites ? Ou un modèle régénératif, capable de produire tout en restaurant les écosystèmes ?
Produire sans détruire n’est pas une utopie, et bonne nouvelle : les solutions sont connues. Mais cela nécessite une transformation en profondeur, du courage politique et de répondre à la détresse des producteurs.
Pour aller plus loin
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