2024 a marqué un tournant inquiétant pour les forêts mondiales. Incendies hors norme, perte record de forêts primaires… Mais 2025 montre des signes d’amélioration. Suffisant pour inverser la tendance ? Pas encore.
Ce constat est issu du dernier rapport du Global Forest Watch (GFW), qui analyse chaque année l’évolution de la déforestation à l’échelle mondiale.
Une année 2024 hors norme… Suivie d’un rebond en 2025
Ces dernières années, la perte de forêts primaires tropicales oscillait autour de 3,7 à 4,2 millions d’hectares par an. Mais en 2024, un cap critique a été franchi :
| Année | Perte de forêt primaire |
| 2019 | ~3,7 Mha |
| 2020 | ~4,2 Mha |
| 2021 | ~3,8 Mha |
| 2022 | ~4,1 Mha |
| 2023 | ~3,7 Mha |
| 2024 | ~6,7 Mha ⚠️ |
| 2025 | ~4,3 Mha |
Source: GlobalForestWatch, 2026
En 2025, la perte recule fortement (-36 %), notamment grâce à la mise en place de différents leviers juridiques et opérationnels, mais elle reste bien au-dessus des niveaux d’il y a dix ans. En effet, 4,3 millions d’hectares de forêt primaire ont été perdus en 2025, soit l’équivalent de la surface du Danemark.
Ce chiffre est d’autant plus préoccupant qu’il concerne majoritairement des forêts tropicales, qui jouent un rôle écologique irremplaçable. Véritables réservoirs de biodiversité, elles concentrent une richesse exceptionnelle : on y trouve en moyenne jusqu’à 200 espèces d’arbres par hectare, contre une quinzaine au maximum dans les forêts tempérées. Cette diversité soutient des écosystèmes complexes, essentiels à la régulation du climat, au stockage du carbone et à la survie de millions d’espèces, y compris humaines.
Une baisse encourageante, portée par des politiques dans des pays clés
Le brésil, moteur en 2025
Bonne nouvelle : le Brésil, qui abrite la plus grande forêt tropicale au monde, enregistre en 2025 sa plus forte baisse de déforestation primaire hors incendies jamais observée (-41 % par rapport à 2024). Cette évolution s’explique notamment par :
- un renforcement des politiques publiques de protection et de reconnaissances des titres fonciers des populations autochtones (effet Lula)
- une meilleure surveillance des forêts, avec la mise en place de PRODES, système de suivi des forêts officiel national
- des initiatives internationales comme la Tropical Forest Forever Facility, lancé lors de la COP30, un mécanisme financier proposé pour récompenser les pays de forêts tropicales qui préservent leurs forêts.
Mais attention ! Le Brésil reste le pays qui perd le plus de forêt au monde (en valeur absolue), étant donné la taille même de ses forêts. Et l’agriculture reste la principale cause (≈ 73 % de la déforestation depuis 2002).
Plusieurs autres grands pays forestiers, dont la Colombie, l’Indonésie et la Malaisie, ont également connu des taux relativement faibles ou stables de perte de forêt en 2025 par rapport aux années récentes. Cependant, l’expansion minière a alimenté la perte de forêts en Indonésie, quand la Malaisie a perdu près d’un cinquième de ses forêts tropicales primaires depuis 2001, en grande partie en raison de l’expansion agricole et de l’exploitation forestière.
Une amélioration à relativiser : une baisse ne fait pas une tendance
Les forêts gagnent du temps, pas encore la bataille. Même avec cette baisse, le constat reste alarmant : 4,3 millions d’hectares perdus en 2025, soit plus de 11 terrains de football par minute. Et surtout, la perte reste 46 % plus élevée qu’il y a 10 ans.
Les causes restent les mêmes
Les causes restent les mêmes : agriculture (principale cause) : élevage, soja, huile de palme, cacao…, extraction minière et ressources naturelles, spécialement en Amérique latine et en Asie du Sud-Est, et infrastructures et expansion humaine
En Bolivie, la perte de forêt primaire a atteint son deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré en 2025 après 2024 (0,6M ha)

Le rôle croissant des incendie, amplifié par les changements climatiques
Les incendies deviennent un facteur majeur de perte forestière, et cette tendance s’accélère. En cause: les changements climatiques, qui fragilisent directement les écosystèmes forestiers. Des vagues de chaleur plus intenses, des sécheresses prolongées et des sols asséchés rendent les forêts beaucoup plus vulnérables. Concrètement, les arbres stressés (manque d’eau, chaleur) deviennent plus inflammables, la végétation sèche agit comme un véritable carburant et les conditions climatiques favorisent des feux plus rapides et incontrôlables. Les incendies ne sont donc plus seulement des événements ponctuels : ils s’inscrivent dans une dynamique globale liée au climat.
Les épisodes récents de chaleur extrême observés dans de nombreuses régions du monde illustrent cette réalité : les conditions propices aux méga-feux deviennent de plus en plus fréquentes. Résultat : des incendies plus nombreux, plus étendus, plus intenses, et surtout, plus difficiles à contenir.
Mais le changement climatique n’est pas le seul facteur en cause. Dans de nombreuses régions, la déforestation reste également liée à des enjeux socio-économiques. En République démocratique du Congo, par exemple, la perte de forêts (0,5 Mha) est largement alimentée par les besoins de subsistance des populations, dans un contexte de gouvernance fragile, amplifié par des conflits politiques et ethniques.

Que peut-on faire ?
Face à ce constat, bonne nouvelle : des solutions existent et à toutes les échelles !
Mieux comprendre pour mieux agir
- Petits & grands : s’informer sur ce que sont les forêts, leurs rôles, pourquoi elles disparaissent… et comment les protéger à son échelle
- Sensibiliser son entourage
👉 Participez à un atelier de la Fresque de la Forêt® !
Agir collectivement
S’engager avec des associations de lutte contre la déforestation et de préservation/restauration des écosystèmes forestiers, interpeller ses élus, signer des pétitions, encourager la transparence des entreprises, la mise en place de politiques européennes en faveur de l’environnement…
Agir individuellement
- Réduire sa consommation de produits « à risque » : l’agriculture reste la première cause mondiale de déforestation (huile de palme non certifiée, soja, viande issue de zones déforestées…)
- Privilégier les produits durables
- Réduire son empreinte carbone pour réduire pressions climatiques sur la forêt (lien empreinte carbone)
Soutenir des associations engagées comme all4trees 😊 : notre coalition réunit plusieurs membres complémentaires — Cœur de Forêt, Humy, Initiative Développement et Naturevolution— autour d’un objectif commun : protéger et restaurer les écosystèmes forestiers tout en impliquant les communautés locales. Ensemble, nous agissons sur le terrain, nous sensibilisons le grand public notamment à traver la Fresque de la Forêt, et nous promouvons des solutions concrètes pour lutter contre la déforestation !
En conclusion…
Oui, 2025 marque une amélioration.
Mais non, la tendance n’est pas inversée.
La déforestation reste massive, structurelle et surtout liée à nos modes de production et de consommation. Protéger les forêts, ce n’est pas seulement préserver la biodiversité : c’est aussi agir contre le changement climatique, et préserver les moyens de subsistance detoute la planète..
Article rédigé grâce à Mathilde GAMBE, bénévole à all4trees, que nous remercions très chaleureusement !