Cette semaine-ci, je vous amène avec moi sur le terrain, à la découverte de l’envoûtante forêt Hlanzoun au sud du Bénin. De l’arrivée en pirogue aux réunions rythmées (au sens figuré et musical du terme), je vous fais découvrir mon quotidien et les différentes activités qui ponctuent la mission. Kwabɔ (bonne arrivée) !
lundi
Comme de coutume, je débute la semaine à Bohicon, petite ville carrefour située à 30 kilomètres de Hlanzoun, où je tire avantage de la connexion wifi pour faire une série de visioconférences. En effet, même à distance, je continue à échanger avec les équipes des autres porteurs de projet afin de rendre possible le travail collectif qui fait la force de la mission. Une fois les réunions terminées, Saturnin et Innocent d’ECODEC Bénin, notre partenaire local, viennent me récupérer et nous chargeons mes bagages sur les motos. Sac à dos, courses, panneau solaire… Ici, il n’y a rien qu’un deux roues ne puisse transporter !
45 minutes de route plus tard, nous arrivons à l’embarcadère de Dème, où nous transbordons les affaires sur une pirogue pour la dernière partie du voyage. La traversée en pirogue constitue mon premier contact avec la forêt de la semaine, et je retrouve avec plaisir les bruits et odeurs de la forêt après l’effervescence de la ville. Il faut dire que Hlanzoun est unique son genre : seule forêt marécageuse avec un cours d’eau permanent connue en Afrique de l’Ouest, elle forme un îlot de forêt dense et humide au sein de même de la zone de savanes et forêts sèches du Dahomey Gap. Par ses caractéristiques, elle sert de refuge à de nombreuses espèces, dont certaines sont rares ou menacées, comme le Singe à ventre rouge, le Colobe de Geoffroy, la Chouette-pêcheuse de Bouvier, l’Agrion citron ou encore le Poisson-papillon d’eau douce. Si la plupart d’entre elles se laissent difficilement apercevoir, il n’est en revanche pas rare d’observer désormais, grâce au recul de la chasse, des singes Monas ou des écureuils volants ; c’est pourquoi je garde toujours les yeux et les oreilles grands ouverts pendant la traversée.

Trop tôt, nous arrivons déjà de l’autre côté, où il ne me reste plus qu’à parcourir quelques dizaines mètres pour atteindre ma chambre au village de Lokoli. Difficile d’être logée plus proche de la forêt ! Les affaires déchargées, je profite de la présence de l’équipe d’ECODEC pour réaliser une réunion de planification, pendant lesquels nous définissons les activités des jours et semaines à venir. Réunions avec les bénéficiaires du microcrédit, installation des pièges photographiques, recueil de témoignages… la semaine promet d’être riche !
mardi
A Lokoli, pas de besoin de mettre un réveil : les gouttes d’humidité qui tombent sur le toit en tôle, la nature qui se réveille et les enfants qui se préparent pour aller à l’école s’en chargent ! Quelques coups de balai (traditionnel) plus tard, et je suis prête à entamer la journée. Mon logement a été récemment équipé d’un panneau solaire et d’un onduleur pour permettre le travail de bureau, et le moment est venu de tester l’installation. Au programme aujourd’hui : l’établissement du budget des activités à venir et l’élaboration d’un protocole pour l’installation des nouvelles pièges photographiques.
En milieu de journée, la remise du matériel d’apiculture à deux nouveaux apiculteurs constitue une pause bienvenue avant de reprendre le travail d’ordinateur. On ne peut pas être sur le terrain tous les jours ! Heureusement, la forêt n’est jamais loin, et j’ai pris l’habitude de terminer ma journée à l’embarcadère de Lokoli, équipée de mes jumelles, pour observer les animaux se préparer pour la nuit pendant que le soleil disparaît peu à peu derrière les arbres. Cette fois-ci, pas de Monas ou de oiseaux rares à signaler, mais un groupe d’enfants impatients de tester mes jumelles. Emerveillement et fous rires garantis !

mercredi
Aujourd’hui, place au paramétrage et à l’installation des pièges photographiques ! Je suis en effet arrivée de Madagascar la valise remplie de matériel d’inventaire. De fait, dans le cadre de cette mission collective, les porteurs de projet échangent non seulement des idées et de l’expertise, mais aussi, de façon beaucoup plus pragmatique, du matériel, qui peut s’avérer coûteux à prendre en charge pour une seule association. A Hlanzoun, les pièges photographiques vont permettre suivre de près la biodiversité de la forêt, et ce, 24h/24.
De mon logement (slash bureau) à la forêt, il n’y a qu’un pas, et nous en profitons pour tester le matériel en conditions réelles. En effet, en forêt marécageuse, on n’improvise pas : il faut rester vigilant pour protéger le matériel contre l’humidité et les crues soudaines. Hauteur, orientation, inclinaison… tout est installé minutieusement. Nous reviendrons dans quelques jours pour vérifier si ce premier essai a porté ses fruits, avant le déploiement à plus grande échelle.

jeudi
Nous échangeons aujourd’hui la forêt contre une salle de réunion, où nous retrouvons les 40 femmes appuyées par Humy et ECODEC dans le cadre du dispositif de microcrédit. La chaleur – assommante à souhait – met les participantes à rude épreuve, mais quelques chants bien placés permettent de revigorer l’assistance. Il faut dire que le programme est dense : outre les activités de sensibilisation menées par l’équipe d’ECODEC, je dispose d’un temps de parole pour restituer les résultats de l’enquête socio-économique menée en 2025et présenter les prochaines activités. Dans les mois à venir, nous prévoyons en effet de codévelopper des outils de comptabilité avec un groupe représentatif de femmes, avant de former les autres bénéficiaires à leur utilisation. Pour nous, c’est l’occasion d’avoir une meilleure visibilité sur les impacts économiques du dispositif ; pour les femmes, c’est une opportunité pour gagner en autonomie. La mise en place de ces outils constitue une grande première et la démarche est suivie de près par les autres porteurs de projet.
L’après-midi, la chaleur cède brusquement la place à une pluie battante, intense au point que toute conversation en devient difficile. Il ne reste plus qu’à attendre que l’orage passe… En tout cas, une chose est sûre : la pluie a apporté un peu de fraîcheur bienvenue !

vendredi
La semaine se termine comme elle a commencé : avec un trajet à moto jusqu’à la ville de Bohicon, suivi par un petit marathon de visioconférences pour bien terminer la semaine. A l’ordre du jour : un échange avec Solen, la directrice d’all4trees, pour parler planning et financement, et avec Data4Good, association tech, pour faire le point sur leur accompagnement. La saison 2026 de Data4Good touche en effet à sa fin, après des mois de travail intensif pendant lesquels les bénévoles de l’association ont contribué à construire une superbe plateforme d’analyse et de visualisation des données.
Je profite aussi de mon retour en ville pour prendre une bonne douche et pour acheter des légumes au marché, de manière à prête pour le retour sur le terrain. Ces derniers jours n’étaient en effet que la répétition générale pour le mois à venir, pendant lequel nous prévoyons de débuter les ateliers avec les bénéficiaires du microcrédit et former les écogardes de Hlanzoun à l’installation des pièges photographiques. La mission continue !
