En ce moment, la saison des pluies, et donc de reboisement, bat son plein au Sénégal et au Bénin. Si tout le monde a en tête l’image de deux mains mettant délicatement en terre un jeune plant, cette action ne représente que la partie émergée de l’iceberg de la restauration forestière. Ce mois-ci, nous vous amenons dans les coulisses du reboisement en milieu tropical, des premiers préparatifs à la reconstitution progressive de l’écosystème (agro)forestier, en passant par les différentes étapes de suivi.
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Le reboisement est encore loin que les pépiniéristes s’activent déjà. En véritables pionniers, ils partent dans la forêt, à la recherche des meilleures graines, et complètent si nécessaire leur stock par des achats, avant de procéder à la levée de la dormance et à la germanisation. La qualité de la production sera essentielle pour le succès du reboisement.


A gauche : pépinière fatickoise. A droite : échange avec un pépiniériste au Bénin
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La période de reboisement se rapproche, et les pépiniéristes sont aux petits soins pour les jeunes plants, qui ont déjà bien grandi et se rapprochent de la hauteur minimale requise. Il est temps de sélectionner l’emplacement des zones de restauration en collaboration étroite avec les services forestiers et les communautés locales. Si les critères peuvent différer d’un projet à l’autre, un principe demeure constant : le reboisement n’est qu’utilisé en dernier recours, lorsque ni conservation, ni régénération naturelle assistée ne permettent d’atteindre les objectifs fixés.
Une fois les zones soigneusement sélectionnées et délimitées, on peut procéder à la préparation des sols et commencer à apprêter les caméras photos pour le jour J.

Le reboisement ne s’improvise pas : il requiert une planification minutieuse
Jour J
Le grand jour est arrivé ! C’est l’heure de mettre en terre les jeunes plants. C’est la partie la plus médiatisée et la plus connue de la restauration forestière. Les jeunes plants sont transportés depuis la pépinière jusqu’au lieu de plantation en tricycle, charrette ou pirogue, puis mis en terre par les communautés locales en collaboration avec les services forestiers, en respectant des consignes strictes (profondeur du trou, cuvette d’arrosage…).
En réalité, une journée ne suffit pas : lorsqu’il s’agit de mettre en place des dizaines de milliers de plants, plusieurs semaines ne sont pas de trop. En fonction des régions, la fenêtre de reboisement est plus ou moins grande : dans la forêt marécageuse de Hlanzoun, elle s’étale d’avril à novembre, tandis que dans la région de Fatick au Sénégal, la période critique se limite à 3 mois. Autant dire qu’il n’y a pas de temps à perdre !



Tricycle, pirogue et portage sur la tête… au Bénin, tous les moyens sont bons pour ramener les plants jusqu’au site de reboisement !
J+30
Tandis que les planteurs d’arbres rangent leurs outils, les techniciens les ressortent. En effet, le reboisement est à peine terminé que les premiers dangers guettent. Zone tropicale oblige, la végétation pousse à toute vitesse et peut étouffer un jeune plant en l’espace de quelques semaines. Et ce n’est pas la seule menace qui pèse sur les plants : les chèvres et moutons raffolent des jeunes pousses, tandis que les bœufs ont tôt fait d’écraser les survivants d’un mouvement des pattes. Il faut donc revenir très régulièrement sur les lieux pour des travaux d’entretien et de protection : désherbage, surveillance, mise en défens…

Machettes indispensables pour assurer l’entretien des jeunes plants au Bénin
J+180
Avec l’arrivée de la saison sèche, de nouvelles menaces font leur apparition : feux de brousse, manque d’eau… La mise en place de pares-feux et l’irrigation peuvent alors s’avérer nécessaire.
L’heure du premier suivi est également arrivée. C’est le moment d’évaluer le taux de reprise après la mise en terre et de déterminer si un regarnissage s’avère nécessaire. Plus on en compte, plus ça prend du temps, mais plus on est satisfaits !

Arrosage, mise en défens et protections en tissu : tout est mise en œuvre au Sénégal pour assurer la survie des jeunes plantes dans un contexte challengeant
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Le dernier suivi remonte déjà à un an et les jeunes plants ont bien grandi. C’est le moment de faire un deuxième bilan : combien de plants ont survécu ? Quelle est la viabilité du reboisement face aux aléas climatiques, biologiques et anthropiques ?
La plupart des projets arrêtent là leur suivi. Pourtant, il serait dommage d’arrêter là l’histoire, car une période de 18 mois est loin d’être suffisante pour juger de la réussite d’un projet de restauration forestière, dont la qualité ne se résume pas à une somme d’arbres individuels, mais à la reconstitution d’un écosystème fonctionnel. A vouloir être trop rapide, au mépris du rythme naturel des arbres, on risque de passer à côté des impacts réels du projet ou de conclure à une réussite alors que les jeunes plants restent fragiles face aux aléas… Alors, on se met au diapason des arbres et on note le prochain rendez-vous, dans 18 mois, dans l’agenda.

Les jeunes plants sont soumis à un examen minutieux lors du suivi de 18 mois
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3 ans se sont déroulés depuis le reboisement, et les plants, qui n’ont pas été oubliés, tiennent désormais debout sur leur propre pied. Ils reçoivent la visite des techniciens, venus mesurer leur diamètre, estimer leur hauteur et évaluer leur état de santé. Petit à petit, une vision plus précise du résultat du reboisement se dessine et permet aux porteurs de projet d’ajuster leurs activités : Quelles étaient les essences les plus adaptées aux conditions pédoclimatiques ? Quels travaux d’entretien se sont avérés indispensables ? Et quelles leçons tirer de tout ça pour les prochaines campagnes de reboisement ?

Les jeunes plants sont soumis à un examPremière victoire : lorsque la tige est suffisamment grande pour qu’on puisse commencer à mesurer le diamètre à hauteur de poitrine !
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La journée de reboisement n’est plus qu’un vague souvenir dans les mémoires, mais pas sur le terrain ! Grâce au suivi et à l’entretien rigoureux, une véritable (agro)forêt en devenir a remplacé les plants chétifs du début. Un travail de longue haleine, certes, mais un travail qui donne ses fruits ! Au sens figuré comme littéral, puisque les arbres commencent à se reproduire d’eux-mêmes, démultipliant ainsi l’impact du reboisement initial.
Le suivi à 6 ans permet d’évaluer la dynamique forestière et les premières prémisses d’impact en termes de biodiversité et de santé des sols : taux de régénération, diversité arborée, présence de dendro-microhabitats, taux de matière organique, richesse de la macrofaune du sol… Un bilan de santé complet est effectué et permet d’identifier les points forts comme les points de vigilance éventuels. Rendez-vous dans 3 ans pour le prochain point d’étape !

L’objectif final : une forêt en bonne santé, là où avant il n’y avait que des terres dégradées