A la rencontre d’Eliane, vannière et productrice de cacao au Bénin

Avec l’appui d’Humy et d’ECODEC BÉNIN, les femmes de Hlanzoun prennent leur destin en main ! Alors que le changement climatique et la surexploitation des ressources forestières mettent certains métiers traditionnels à rude épreuve, 40 femmes béninoises ont reçu des microcrédits pour développer des activités économiques en phase avec la préservation de la forêt. Read More
A la rencontre d’Eliane, vannière et productrice de cacao au Bénin

Avec l’appui d’Humy et d’ECODEC BÉNIN, les femmes de Hlanzoun prennent leur destin en main !

Alors que le changement climatique et la surexploitation des ressources forestières mettent certains métiers traditionnels, comme l’agriculture extensive, à rude épreuve, 40 femmes béninoises ont reçu des microcrédits pour développer des activités économiques en phase avec la préservation de la forêt : artisanat, élevage, restauration, petit commerce… Depuis le mois de juin, ces entrepreneuses bénéficient également, en collaboration avec all4trees, de formations pour leur permettre de mieux appréhender leur modèle économique et accroitre leur autonomie financière.

Ce mois-ci, nous vous présentons l’une d’entre-elles : Eliane, habitante de Lokoli, qui valorise les ressources forestières de façon durable grâce à la vannerie à base de raphia et la culture de cacao à petite échelle. Un exemple inspirant de conciliation entre développement économique et enjeux environnementaux !

Les 40 entrepreneuses, avec Eliane au milieu du premier rang

Bonjour Eliane ! Pouvez-vous présenter ?

Je m’appelle Eliane et je suis originaire de Hon, de l’autre côté de la forêt Hlanzoun. Je pratique la vannerie depuis l’enfance : j’ai appris le métier de mon père, qui était lui aussi vannier. Avec mon mari, nous avons vécu et travaillé plusieurs années au Nigéria, comme beaucoup de jeunes de la région, avant de nous installer à Lokoli, le village natal de mon mari, où j’ai repris mon ancien métier. Depuis peu, je cultive aussi quelques pieds de cacao à côté du village.

Vous avez vécu de part et d’autre de la forêt Hlanzoun au cours de votre vie. Que représente la forêt pour vous ?

Pour moi, Hlanzoun est synonyme de richesse : elle nous fournit en raphia, en bois de chauffe et en feuilles pour les tisanes et l’akassa (ndlr : pâte de maïs fermenté). Sans la forêt, je n’aurais pas pu pratiquer mon métier.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos activités : à quoi ressemble une journée type ?

Je commence ma journée à 7h avec un passage à la pompe à eau et la préparation du repas. Après le petit-déjeuner, je me consacre à la vannerie jusqu’à atteindre mon objectif quotidien. Je réalise sur commande différents types de panier à base de raphia : paniers à marchandises, paniers à nourriture, paniers à vêtements… S’il me reste du temps, je me rends ensuite au champ pour nettoyer mes pieds de cacao et j’en profite pour ramasser du bois pour la cuisine du soir.

A gauche : Eliane en compagnie d’autres femmes lors du reboisement

A droite : paniers prêts pour la vente

Avez-vous connu des difficultés lors du développement de votre activité ?

Au début, le retour du Nigéria a été difficile, car il y a moins d’opportunités économiques ici que de l’autre côté de la frontière. J’ai dû me construire un réseau petit à petit, en pariant sur la qualité de mes produits et l’effet bouche-à-oreille. Aujourd’hui, mes clients sont partout, du marché de Dantokpa à Cotonou au sud, jusqu’à Malanville, à la frontière avec le Niger, au nord, en passant par le Togo.

Mes difficultés actuelles sont principalement liées à l’approvisionnement des matières premières car les fournisseurs ne sont pas très fiables. Il m’arrive d’attendre les livraisons de raphia pendant des semaines. Parfois, je suis obligée de me rendre moi-même dans la forêt pour en récupérer, ce qui n’est pas aisé. La fabrication des paniers elle-même est aussi complexe. La vannerie est un métier très technique et il suffit d’un moment d’inattention pour se blesser les doigts !

Vous avez bénéficié récemment d’un microcrédit et d’une formation à la gestion entrepreneuriale. Qu’est-ce que l’appui apporté a changé dans votre activité ?

Dans le cadre du microcrédit, on m’a prêté de l’argent, mais je ne savais pas comment le gérer. Grâce à la formation, je sais désormais exactement combien d’argent je gagne par semaine et par mois. Je divise mes recettes en trois parts : la première pour me réapprovisionner en raphia, la deuxième pour mon foyer et la dernière pour l’épargne.

J’ai aussi appris à être plus efficace au travail : là où auparavant, je mettais 3h, je mets seulement 1h aujourd’hui, ce qui me laisse beaucoup plus de temps pour aller puiser de l’eau, ramasser le bois et m’occuper de mes plants de cacao.

Atelier de formation à la gestion entrepreneuriale

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui ?

Je suis fière de pratiquer le métier transmis par mon père et subvenir ainsi aux besoins de ma famille. J’aime voir les fruits de mon travail et constater que mon activité évolue : aujourd’hui, les clients s’adressent à moi pour la qualité de mes produits, et je dispose de l’argent nécessaire pour participer aux tontines avant même le jour de paiement !

Et pour la suite : avez-vous des rêves, des idées d’évolution ?

J’espère pouvoir étendre encore d’avantage mon réseau de clients et employer de la main d’œuvre pour m’appuyer. Je serais également ravie de voir un jour un de mes cinq enfants – j’ai quatre garçons et une fille – prendre la relève, mais la décision finale leur reviendra. Je les soutiendrai quel que soit leur choix.

Propos recueillis par Innocent Assohoto et Cathalijne Fernhout

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