Le rôle des forêts françaises dans la stratégie nationale bas carbone

 

 

L’urgence de baisser les émissions de gaz à effet de serre

En 2015, la France s’engage, aux côtés de la majorité des pays de la Convention-Cadre des Nations-Unies sur les Changements Climatiques, à maintenir l’augmentation de la température mondiale en-deçà de 2 degrés, et de mener le maximum d’efforts pour limiter cette augmentation à 1,5 degrés.

Huit ans plus tard, cet objectif est fortement menacé (et c’est un euphémisme). La synthèse du 6e cycle de rapport du GIEC, paru en septembre 2023, indique que les 1,5°C seront atteints quoi qu’il arrive en 2035, et probablement dès 2030. Pour avoir une infime chance de ne pas dépasser ce seuil critique, et risquer d’enclencher des points de bascule explosifs, les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent baisser de 45 % d’ici 2030.

Quelles sont les actions menées par la France ?

Pour répondre à l’urgence de la situation, la France s’est fixée les objectifs suivants

  • atteindre la neutralité carbone territoriale à l’horizon 2050,
  • réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % en 2030 par rapport à leur niveau de 1990,
  • à court et moyen termes, respecter les budgets carbone (plafonds d’émissions à ne pas dépasser) définis par Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) et adoptés par décret, par périodes de cinq ans.

Dès lors, les puits de carbone – à l’instar des sols et des forêts – représentent un levier indispensable de cette stratégie.

 

Les forêts françaises éco-anxieuses

En juin 2023, le rapport du Haut Conseil pour le Climat (HCC) dressait le portrait accablant de forêts françaises en profonde souffrance face aux changements climatiques. L’élévation des températures, le manque de précipitations ou encore les sécheresses malmènent les arbres, qui peinent à jouer le rôle de puits de carbone escompté par la SNBC. Le rapport du HCC est sans appel : la capacité de stockage de carbone par les écosystèmes forestiers français a été divisée par deux en dix ans.

 

Même si la situation demeure hétérogène dans l’Hexagone, certaines forêts n’absorbent plus de carbone aujourd’hui. Le rapport rappelle que pas moins de 72 000 hectares de forêts ont brûlé en France en 2022, et que la mortalité des arbres ne cesse d’augmenter. Or les projections climatiques pour la France conduisent quasiment irrémédiablement vers un réchauffement de +2°C en moyenne sur l’ensemble du territoire, ce qui ne fera qu’aggraver la situation.

 

Que faire ?

La SNBC repose donc sur des forêts qui ne parviennent plus à absorber autant de carbone qu’avant, et qui brûlent de plus en plus, donc émettent du carbone ! Si les enjeux n’étaient pas aussi dramatiques, l’ironie du raisonnement pourrait presque faire « sourire ». Elle doit donc être recalibrée pour prendre en compte cette réalité.

C’est pourquoi on ne peut se contenter de « planter des arbres » (quel qu’en soit le nombre). Plusieurs associations environnementales françaises, alignées avec la vision d’all4trees, soulignent la nécessité de :

  • Développer des forêts-mosaïques, c’est-à-dire des forêts regroupant une diversité de zones : des zones pour la production, des zones de gestion adaptées aux zones humides, d’autres contenant des arbres très anciens ou morts, etc.
  • Laisser au niveau national 25% de la surface de la forêt française en libre évolution, sans exploitation forestière, avec une garantie de long terme et un minimum de 10% dans chaque région ;
  • Diversifier le choix des essences (mélanges feuillus/résineux) lors des plantations, en anticipant les climats futurs afin de permettre la migration naturelle assistée des essences du Sud vers le Nord du territoire ;
  • Permettre la régénération naturelle des forêts, en laissant la place aux jeunes arbres de pousser après la récolte des arbres les plus anciens, tout en laissant vieillir les peuplements pour maximiser la capacité de stockage de carbone dans l’écosystème.

Espérons qu’elles seront entendues…

Camille André, Expert Climat et Administrateur à all4trees

Sources :

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